Les amateurs de phénomènes astrologiques n’ont pas le choix. Voir l’éclipse annulaire de demain, la 22e de l’histoire à l’œil nu peut leur causer la cécité. Il faut donc se munir de lunettes spéciales pour éviter le pire. C’est là que l’affaire se corse puisque même avec des lunettes spéciales, le danger n’est pas totalement écarté. La société française Sobomex en fait la remarque. Visiblement pressenti pour être le fournisseur de lunettes certifiées aux normes européennes de l’État, elle s’est fait…éclipser  par d’autres opérateurs, chinois bien évidemment, et crie au scandale. Outre la rage d’être passée à côté d’un marché juteux, faute certainement d’avoir proposé une guelte ou une marge intéressante, elle tire la sonnette d’alarme sur les dangers que peuvent causer ces lunettes non certifiées. Un combat d’arrière-garde étant donné que ce n’est pas au ministère de la Santé qu’elle va pouvoir prétendre donner une leçon en cette matière. Les Chinois ont donc, une fois de plus, remporté la mise avec bien évidemment des partenaires malgaches. Qui va penser aux risques véhiculés par ces lunettes non certifiées   Personne ne se souciera pas que ces lunettes sont bel et bien certifiées. L’essentiel est d’en avoir et de pouvoir frimer avec les yeux levés vers le ciel. D’ailleurs avec l’art de la contrefaçon des Chinois, on n’y verra que du feu. On n’en veut pour preuve que les copies de grandes marques d’équipements sportifs et d’électro-ménagers comme Adimas, Neki, Nokio, Samsong, Sonnya..Pour les les lunettes c’est sûrement Rey Ben, Locaste,Curreti…À vous de choisir.
Il fallait s’y attendre. Le malheur des Malgaches fait toujours le bonheur des autres. Lors de l’éclipse en 2001, les lunettes étaient distribuées gratuitement et le Président de l’époque, Didier Ratsiraka, en avait fait une «affaire» personnelle à coup d’une grande conférence de presse pour disserter en long et en large sur l’évènement et des infrastructures exceptionnelles. Futé comme il est, Il avait plus ou moins obligé ses sponsors de payer les lunettes en échanges d’avantages fiscaux ou douaniers. L’astuce était presque invisible même avec des lunettes à rayon X. Il avait fait des lunettes son cheval de bataille pour aborder la campagne présidentielle comme son meilleur ennemi Ravalomanana avait fait des yaourts Tiko. Il se présentait en sauveur de la population face à un danger immense. Il n’y a jamais eu de bilan du désastre causé par ce phénomène jusqu’à présent.
L’invasion acridienne en 2001 constituait également une opportunité financière inouïe pour les distributeurs de pesticide. Une lutte acharnée avait eu lieu pour la conquête du marché. Des appels d’offres avaient été annulés car certains opérateurs proches du pouvoir avaient été éliminés. On en arrivait à déclarer certains produits concurrents de non éligibles. Des millions de dollars des bailleurs de fonds étaient l’objet de la bataille.
En 2014, les criquets étaient revenus en plein cœur de la capitale visitant la cour des ministères pour montrer que les fonds étaient mal utilisés et que mieux valait les utiliser à améliorer la vie qu’ à tuer des créatures comme tant d’autres. La majorité de la population avec un revenu de moins de deux dollars par jour n’a pas assez de temps à consacrer à scruter le ciel pour voir un phénomène qui ne changera guère ses conditions de vie. Déjà que tous les jours, elle lève la tête pour demander grâce mais tout semble se compliquer d’un moment à l’autre. Quand on lui recommande d’acheter des lunettes pour ne pas perdre la vue, elle se demande si c’est bien plus important que sa vie. Une apoc-éclipse pourrait bien être une délivrance dans un pays ou mourir n’est qu’une question de temps et de chance.

Sylvain Ranjalahy