Le Président Barack Obama monte au créneau pour soutenir Hillary Clinton dans sa campagne en vue des élections présidentielles de novembre prochain. Le premier homme non blanc de toute l’histoire des Etats-Unis à avoir accédé à la magistrature suprême mouille son maillot pour soutenir celle qui sera probablement la première femme de la longue série de 45 Présidents américains depuis les origines.

« Oui mais eux, c’est différent, les Américains sont trop avancés pour qu’on les prenne pour modèle »

C’est ce qu’on entend souvent dire chez nous ; comme si le niveau de développement économique allait automatiquement de paire avec l’égalité entre tous les citoyens, entre Blancs et Afro-Américains, entre hommes et femmes.

La preuve que c’est un préjugé hâtif : la récente émergence du mouvement Black Lives Matter (La vie des Noirs est importante), qui attire l’attention sur le fait que même aujourd’hui, après un demi-siècle de victoires remportées progressivement depuis la lutte pour les droits civiques des Noirs Américains conduite notamment par Martin Luther King, il se trouve encore des policiers blancs pour tirer sans raison aucune sur des jeunes afro-américains non armés. Pire, ces policiers qui ont tué des innocents, protégés par leur hiérarchie, sont souvent discrètement mutés, leur crime restant alors impuni. Et on croit que l’impunité ne se rencontre que dans les pays sous-développés…

De même en ce qui concerne l’égalité hommes-femmes : il n’y a qu’à entendre les prises de position de Donald Trump, le principal concurrent de Hillary Clinton dans la course à la Présidence des Etats-Unis, pour se rendre compte que l’égalité n’est pas un idéal partagé par tous les Américains. Les innombrables propos sexistes qu’il a tenus rappellent les réactions indignées de beaucoup d’hommes malgaches quand une femme ose se porter candidate à une élection dans leur village : « F’angaha dia efa lany olomanga ny eto amin’ny tanàna ? » (‘L’élite a-t-elle donc disparu de notre village ?’ – sous-entendu : Que nous en soyons réduits à tolérer une simple femme ?). Donald Trump, qui adore poser entouré de candidates au titre de Miss Univers, est le genre d’hommes conservateurs qui pensent que la valeur d’une femme se mesure exclusivement à ses qualités physiques (ses épouses successives sont toujours des mannequins beaucoup plus jeunes que lui). Dans cette logique, pas question de confier des responsabilités aux femmes ; inutile, même, de leur donner une éducation trop poussée.

Ces Africains plus avancés que les Vazaha…

C’est dire que ce n’est pas parce qu’on nait Américain qu’on est nécessairement pour l’égalité, que ce soit entre les races ou entre les sexes, les deux attitudes se retrouvant généralement chez les mêmes personnes. Inversement, ce n’est pas parce qu’on nait Africain qu’on est forcément conservateur, parce qu’on serait plus attaché aux traditions. Après tout, le Rwanda détient actuellement le record mondial en termes d’égalité entre les sexes, devant les Norvégiens, les Suédois et autres Nordiques, avec un Parlement composé majoritairement de femmes députées. On a entendu des conservateurs nier la valeur des efforts fournis par le Rwanda en affirmant que c’est parce qu’après le génocide du début des années 1990 les hommes seraient devenus numériquement minoritaires. Faux : dans les guerres classiques, ce sont effectivement les hommes qui s’entretuent ; mais dans les génocides, dont le but est généralement le « nettoyage ethnique », c’est-à-dire qu’il s’agit d’empêcher une société donnée de survivre et de se reproduire, ce sont les femmes et les enfants qui sont ciblés de préférence.

Deux forces opposées, une seule humanité

Au final, il n’y a pas de sociétés blanches qui par essence seraient avancées. La société américaine est devenue ce qu’elle est aujourd’hui à force de luttes courageuses, par exemple celles des Quakers (ces gens que nous appelons les ‘Frenjy’, l’une des trois entités qui composent la FJKM depuis 1968) qui dès le 18ème siècle avaient des femmes pasteures et organisaient l’évasion des esclaves noirs des Etats du Sud vers le Nord. Et Barack Obama continue à le dire en ces derniers mois de sa présidence : il faut continuer à lutter, sans relâche, contre le sexisme et pour l’égalité des sexes, contre le racisme et pour l’égalité des races.

En définitive, au-delà des spécificités dues à l’histoire de chaque société, il y a, à Madagascar comme au Rwanda ou aux Etats-Unis, d’une part des conservateurs qui fonctionnent sur des préjugés hiérarchisés, qui croient que les hommes sont supérieurs aux femmes, les Vazaha aux Gasy, les Merina aux Côtiers, et que cet ordre social serait naturel, donc immuable ; et d’autre part des progressistes qui croient en la capacité de l’esprit humain à construire une société plus juste. A Madagascar, ces derniers doivent s’inspirer des actions progressistes menées aux Etats-Unis, au Rwanda ou ailleurs, ainsi que dans notre propre histoire, pour vaincre un conservatisme paralysant.



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Ce que font les Vazaha nous concerne-t-il ? (Tribune)

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