Connaissez-vous Dora Jones ? Elle porte le même nom de famille que Bridget dont on a pu suivre les tribulations dans son journal. Mais c’est leur seul point commun. Dora Jones, née en 2000, aux Etats-Unis, a éternellement sept ans. Latino-américaine ou d’origine hispanique, vous choisirez le qualificatif selon vos affinités linguistiques et culturelles, cette petite fille qui ne peut pas vieillir est au moins aussi célèbre que la plus célèbre des boissons gazeuses ultra sucrées inventées aux Etats-Unis. Si vous n’avez pas encore reconnu Dora, c’est que vous vivez sur une autre planète.

Véritable phénomène de société, Dora l’Exploratrice est une petite fille modèle, modèle des valeurs que tout le monde veut inculquer à ses enfants. Toujours polie, Dora ne s’énerve jamais même quand Chipeur, «ce sournois de renard» lui joue un mauvais tour. Son meilleur ami, Babouche, est un singe qui n’a rien d’une peluche ou d’un faire-valoir : l’air de rien, c’est une petite leçon de tolérance face à la différence. Ensemble ils explorent le monde, un peu, mais la mission de nos deux héros improbables est avant tout de prêter assistance à leurs amis, aidés d’un sac à dos et d’une carte dotés de parole.  Sans être affecté, le langage de ce petit monde est soigné et précis, en accord avec les valeurs positives qui doivent être partagées avec les très jeunes spectateurs de l’autre côté de l’écran.

Dans la version originale, la biculturelle Dora glisse quelques mots d’espagnol, clin d’œil à la composante hispanique de la population américaine. Dans le reste du monde non anglophone, l’hispanité de Dora est diluée dans un anglais international qui apporte la touche exotique au dessin animé.N’est-ce pas dommage ? Mais en général, les parents sont ravis d’entendre leurs enfants reprendre quelques mots d’anglais appris grâce aux aventures ludo-éducatives de la petite fille au sac à dos. Dora a éternellement l’âge de raison pour les tout-petits mais les concepteurs du dessin animé ontdécidé d’élargir leur cible. Depuis 2014, dans Dora and Friends : Into the city, en l’occurrence Playa Verde, la coupe au bol, le sac à dos et les animaux ont laissé la place à une Dora aux cheveux longs censée plaire aux sept-onze ans. Pour le reste, la recette est la même : rejet de la violence et de la vulgarité, solidarité, confiance en soi, multiculturalisme. Ainsi va Dora, partout, partout dans le monde…

L’uniformisation à marche forcée de nos goûts et de nos couleurs ne s’arrête pas aux boissons gazeuses et à la baguette de pain blanc. Elle affecte aussi l’imaginaire collectif avec la subtilité d’un rouleau compresseur.

Kemba Ranavela

 



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Chronique : Allons-y, let’s go, c’est parti les amis ! (NewsMada)
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