Cette chronique se fait régulièrement l’écho des nouvelles de notre voisine, la petite qui a tout l’air d’une grande. On voudrait encore la réduire à un paradis touristique ou/et fiscal mais ne nous y trompons pas, avec la persévérance et l’audace des ambitieux, elle est en train de devenir quelque chose de beaucoup plus intéressant. Voyez donc sa présidente, AmeenahGurib-Fakim : elle fait la une de Forbes Afrique qui, pour la troisième édition de son top 100 des femmes les plus influentes en Afrique, la classe numéro un en 2016. Ce classement se décline dans plusieurs domaines, des affaires à la technologie en passant par le sport et les arts. S’il y a un mot pour illustrer ce qui relie les cent femmes dont Forbes Afrique dresse le portrait, c’est «innovation». AmeenahGurib-Fakim le reprend plusieurs fois dans l’interview qui lui est consacrée. Un défi majeur que doivent se lancer les Etats africains est celui des modèles éducatifs. La présidente mauricienne rappelle que celui que nous proposons aux jeunes, pensé au tournant des indépendances, est «la production de cadres administratifs». AmeenahGurib-Fakim n’a pas attendu d’occuper la fonction de présidente de la République, strictement honorifique à Maurice, pour s’interroger sur les secteurs clés du développement de son pays et des pays voisins. Première femme professeure d’université de l’île Maurice, première doyenne de la faculté des sciences, titulaire d’une chaire en chimie organique et fondatrice à Maurice du Cephyr, centre dephytothérapie et de recherche, elle répète à qui veut l’entendre que «la différence entre le Nord et le Sud, c’est la fracture de la science, de la technologie et de l’innovation».

Ce qui est vrai à Maurice et sur le continent africain l’est aussi sur la grande île. Nous n’avons pas misé beaucoup d’ariary sur la recherche, entretenons la fracture qui nous rend tributaires du savoir et des connaissances des pays du Nord et fournissant, quand nous le pouvons, une main-d’œuvre bon marché, aux compétences limitées par un modèle éducatif obsolète. AmeenaGurib-Fakim, présidente d’un petit caillou au sous-sol sans grand intérêt, souligne que «contrairement à tout ce que l’on dit sur les ressources minières, le capital humain reste la ressource sur laquelle le continent peut miser». On peut sourire de ce discours ; chez nous il serait vite enterré sous des hectares de carrés miniers, qui sont, comme chacun sait, l’avenir le plus sûr de notre pays. On peut aussi reprendre à notre compte l’innovation et la créativité comme fer de lance d’un pays réellement en voie de développement. Ce serait à n’en pas douter un premier pas vers l’autonomie et, enfin, l’indépendance.

Kemba Ranavela



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Chronique : soyons raisonnables, innovons ! (NewsMada)
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