Le 7 mai 1881 avait lieu à Edimburgh une rencontre historique, internationale selon les protagonistes, entre l’Ecosse et l’Angleterre. La rencontre a tourné court mais la date est restée dans les mémoires, et pour cause, il s’agissait du premier match officiel de football féminin. Pendant les quarante année suivantes, le football féminin a connu un développement important en Europe puis au lendemain de la première guerre mondiale les femmes ont été priées d’oublier qu’elles pouvaient trouver leur place sur les terrains de football et jouer -presque- comme les hommes. Les arguments ne manquaient pas pour exclure les femmes des lieux et des activités traditionnellement aux hommes. Le très sérieux Georges Racine affirme ainsi en 1923 dans « Le développement musculaire chez la femme » que «le geste de lancer le pied dans un ballon exerce une pression abdominale très intense qui pourrait avoir les plus graves effets sur les organes de la femme. Sa pratique aurait sur l’enfant en gestation une influence néfaste à son épanouissement».  Près de cent ans plus tard, on voit de plus en plus de femmes lancer le pied dans un ballon mais rares sont celles qui arborent un ventre arrondi par la grossesse. Essayez donc, enceinte de huit mois, de courir, même s’il n’y pas de ballon en jeu.

En un siècle, les préjugés, l’hostilité et le poids des traditions (pas très anciennes pour beaucoup d’entre elles) se sont progressivement effacés et les femmes se sont imposées, aux côtés des hommes,dans la plupart des sports. Les bastions des sports auréolés d’une réputation de virile camaraderie résistent comme certains villages gaulois de bandes dessinées mais dans la réalité, il n’y a pas de potion magique pour les préserver de l’intrusion féminine.

Aujourd’hui, les footballeuses américaines sont des modèles pour les petites filles et les adolescentes et en Allemagne, le football féminin est un sport très populaire. C’est d’ailleurs l’un des nombreux paradoxes d’une société occidentale qui n’en finit pas de repenser ses paradigmes : bercés par des discours qui promeuvent l’égalité et l’universel et ne jurent que par la mixité, les enfants sont invités à choisir leurs jouets dans des rayons où les accessoires de la parfaite ménagère (table de repassage, aspirateur et colliers) sont exclusivement réservés aux filles ; si vous voulez une épée, un camion ou un ballon qui ne soit pas rose fuchsia ou vert lilas, c’est au rayon garçons qu’il faut chercher.

Heureusement, il y a le sport et notamment les Jeux Olympiques qui démontrent avec la régularité d’un métronome que l’esprit sportif et l’esprit d’équipe se déclinent au masculin, on le savait, mais aussi, et de plus en plus, au féminin.

Kemba Ranavela



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Chronique : sportivement vôtre (NewsMada)
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