Dans ce village planétaire dont la population ne cesse d’augmenter sur des territoires chaque jour plus saturés, l’espace dont Madagascar dispose encore lui sera d’une valeur ajoutée incommensurable : nous ne sommes pas ces petits territoires inondables qu’il faudra à leurs populations, tôt ou tard évacuer; nous ne sommes pas ces territoires arabiques désertiques dont les barils de pétrole ne rempliront jamais les puits et les sources d’eau qui se tarissent; nous ne sommes pas la Chine surpeuplée ou l’île Maurice à l’étroit, en quête de terres arables off-shore. Le saut qualitatif vers les services ou l’industrie ne devra pas se faire au détriment d’une vocation agricole assumée parce qu’il faudra oser parier sur une révolution des termes de l’échange où l’agriculture et l’élevage reviendront au centre des préocuppations existentielles de l’Humanité. Et ce, bien que, notre île latéritique ait la réputation d’avoir «la couleur et la fertilité d’une brique».
Madagascar ne peut être autrement qu’écologique. La forêt, la mer, le sous-sol, peuvent s’exploiter intelligemment dans le souci constant d’équilibre entre le plafond de nos ponctions et le seuil de réserve nécessaire à la nature pour se renouveler. Une étude américaine prétend que l’Humanité aurait commencé à vivre à crédit écologique: dès le mois de juillet, nous aurions déjà puisé dans les réserves vitales à la Terre pour se regénérer à fin décembre.
Gestion intelligente contre sauvegarde contemplative. Madagascar est richissime de son sous-sol : mais, cette richesse demeurera virtuelle si on ne l’extrait pas du sous-sol. Et aucune technologie humaine ne permet encore d’extraire pierres précieuses, minérais ou pétrole, sans attenter au sol. Nous devons donc décider si nous voulons concrétiser cette richesse du sous-sol, avec ses impacts écologiques et environnementaux sinon culturels; ou si nous choisissons de vivre contemplativement de cette richesse, dans l’admiration superstitieuse du «tanindrazana».
L’opinion avait réagi par l’hystérie au cas de l’entreprise coréenne «Daewoo», en 2008. Finalement, où avait été le scandale : dans le manque de transparence du régime de Marc Ravalomanana ou dans le principe même d’une mise en location de milliers d’hectares qui ne sont pas exploités dans le Moyen-Ouest ?  Faute d’une réflexion rétrospective, huit ans plus tard, l’opinion traite à nouveau par l’hystérie du cas de l’entreprise chinoise «Jiuxing Mines», qui veut opérer à Soamahamanina : comment concilier la protection de la forêt emblématique de tapia («tapia tsy miakatra Imerina, amberivatry tsy midina Imamo», dit le proverbe qui date de l’époque d’Andriamasinavalona, au XVIIème siècle, quatre générations avant Andrianampoinimerina) et une gestion qui ne soit pas contemplative, sur d’autres bases qu’une sinophobie hystérique ?
C’est déjà cette hystérie subconsciente qui inscrit en repoussoir dans l’archéologie de notre psychologie collective la «Charte Lambert»: le 28 juin 1855, le prince héritier et futur Radama II accordait à Joseph Lambert «pouvoir exclusif de constituer une compagnie pour l’exploitation des mines de Madagascar», charte qu’il confirmera, le 3 novembre 1861. Ni taxes, ni impôts, une entière franchise douanière, le droit de frapper monnaie et l’accès à la propriété foncière. Et une contrepartie générique : «aider à la civilisation de notre pays».
La Charte avait été accordée naïvement : Joseph Lambert, né en 1824, séjourna une première fois en Imerina en 1855 pour ne revenir qu’en mai 1857 ; impliqué dans le complot de juin 1857 contre Ranavalona 1ère et expulsé de Madagascar le 14 septembre 1857, il continua sa carrière d’aventurier auprès de la princesse Fatima, de l’île comorienne de Mohéli où il mourut en 1873. Absolument nécessaire, l’abrogation de la «Charte Lambert» aurait pu être moins «hystérique» sans la complication d’une dénonciation unilatérale du traité du 12 septembre 1862, qui accordait aux sujets français le droit de propriété immobilière. Madagascar dut rembourser sa première dette d’État: un montant de 240.000 ariary de l’époque, versé aux représentants de la France, le 6 décembre 1865. Toute cette affaire culmina dans un dénouement tout aussi «hystérique» : l’assassinat du roi Radama II, en mai 1863.

Par Nasolo-Valiavo Andriamihaja