Un étoilé ose clamer sans vergogne que le Pouvoir reste la démocratie person­nifiée. Ce qui revient à dire qu’il bafoue de ses bottes les droits de l’Homme.

Toutes les occasions sont bonnes pour proclamer son caractère démocrate alors que la réalité est loin d’être idéale en termes de respect des droits fondamentaux. La dernière en date est celle du propos du général Béni Xavier Rasolofonirina, ministre de la Défense lors de l’ouverture du symposium du Leader de l’Africa Endeavor 2016, un évènement réunissant des gradés des forces armées de quarante pays africains avec les États-Unis. « Nous connaissons la position des États-Unis en matière de respect du principe démocratique. L’organisation d’un tel évènement sur le sol malgache signifie que notre pays respecte le principe démocratique. Il n’en reste pas moins pour les forces armées malgaches qui respectent tant le droit de l’Homme », avait déclaré cet officier général, hier.
Au moment même où ces déclarations se tiennent, de nombreux journalistes croisent leurs doigts, depuis déjà quarante six jours, afin que le Président Rajaonari­mampianina ne promulgue pas le code de la communication médiatisée, une loi jugée par les professionnels des média comme étant « liberticides et contraire au principe des droits fondamentaux ». « L’essence même du journalisme est enlevée dans ce texte », explique une journaliste à propos de ce code scélérat.

Coups de brodequin
Dans son rapport 2015 sur les droits humains à Madagascar, les États-Unis mettent en relief les incidents d’abus des forces de sécurité, dont des exécutions extrajudiciaires et les violences populaires. « Un leader de mouvement de contes­tation a été battu par les forces de sécurité, sans qu’il n’y ait eu de sanctions à l’encontre des personnes impliquées », mentionne le document à propos de l’affaire Jean Pierre Randrianamboarina. Cet étudiant a été arrêté brutalement par la gendarmerie lors d’une manifestation le 31 août 2015 à l’Université d’Antananarivo. Une dizaine d’éléments de la gendarmerie s’est défoulée sur ce manifestant. Celui-ci a été roué de coups de brodequins, brûlé avec un taser, traîné par terre comme un porc, avant d’être embarqué sous le siège d’un pickup de l’Emmo security.
Mais les hommes en treillis font parler d’eux dans les endroits reculés de Madagascar pour ne citer que le cas des Antandroy à Tsiroanomandidy. Certains éléments de l’opération « Fahalemana » ont été accusés par des membres de cette tribu « d’avoir commis une exécution sommaire d’une dizaine de personnes issue de cette ethnie dans la Région du Bongolava en 2015 ».
À Madagascar, la répression policière est le lot quotidien des manifestants. À Soamahamanina, une manifestation des habitants contre l’exploitation minière de la société Jiuxing Mines a été réprimée à coup de grenades lacrymogènes le 14 juillet dernier. On est encore loin de la situation d’un pays démocratique où chaque citoyen a le droit de protester paisiblement et de s’exprimer sans peur d’un emprisonnement.

Lova Rafidiarisoa