C’était le vendredi 29 juillet dernier. J’étais à la messe du matin en la petite église d’Analaroa, localité du Nord de l’Imerina, à 3 heures de Talata-Volonondry, au carrefour des routes qui partent, à l’Ouest, vers Antanetibe, et au Nord vers Ambato­manoina.
Les soeurs Ursulines «Filles de Marie Immaculée de Vérone», qui avaient offert le gîte à notre délégation venue participer à la foire rurale d’Ambatomanoina, méritent un commentaire particulier. Leur Congrégation arriva à Madagascar en 1960 et s’implanta dans la région en 1968, à l’appel des Jésuites dont l’un des représentants, Vittorio Papoff, aura laissé son nom au dispensaire local. Malheureusement, le fauteuil odonto-stomatologique attend vainement depuis des années qu’un dentiste veuille bien accepter le poste. Comme d’ailleurs l’unité chirurgicale qui espère la visite d’un Ministre de la Santé, dix ans après le dernier voyage du titulaire d’alors, le Dr Jean-Louis Robinson. Ce gîte-couvent des Soeurs est comme une oasis pour des citadins éreintés par des heures de pistes poussiéreuses et, n’était-ce l’absence de «wifi zone», mais surtout de chauffe-eau qui adoucisse un peu la rigueur monacale de leur choix de vie, offre beaucoup plus de confort que certains hôtels prétentieux d’un parc hautement touristique comme Ranomafana.
Cette activité d’hébergement participe à l’effort d’autonomie d’un centre qui vient en aide aux enfants handicapés par un pied bot. Une soixantaine y vivent à l’année en internat et y suivent leur scolarité, originaires de la région, comme venant d’autres parties de Madagascar. Leur rééducation physique devant comporter un meilleur apport nutritionnel, les Soeurs élèvent des vaches laitières et produisent leur yaourt et leur fromage qui viennent agrémenter une table déjà fournie en légumes de leur potager et en viande de leur élevage de porcs, lapins et volailles.
Comme dans toute institution monastique, 5 heures 30 sonnèrent les matines. Je m’entends encore sermonné par feu le cardinal Razafindratandra, «mba mpianatr’i Saint-Michel ihany leitsy ialahy!», quand je dus recourir à Google pour le nom spécifique de cet office matinal. Donc, aux aurores, ce sont les laudes, que suivent les mâtines, à l’aube. La petite église de campagne était au tiers pleine. Les religieuses, naturellement, mais également des villageois, dont des enfants. À mon heureuse surprise, l’office se déroula sans l’ambiance festive, folklorique et carnavalesque, qu’a adoptée la messe catholique «inculturée» depuis quelques années.
Mais, surtout, la commune d’Analaroa étant peut-être oubliée par la décentralisation de la République malgache, mais bel et bien inscrite dans le réseau planétaire du Vatican, le curé associa à ses prières l’âme de son homologue Jacques Hamel, égorgé en pleine messe par des jihadistes islamistes le 25 juillet 2016, là-bas, dans une très lointaine église de Saint-Étienne-du-Rouvray. J’aurais aimé, pour l’édification de ces Chrétiens de la campagne, privés de journaux et sans accès à Canalsat ou Parabole, que le prêtre insistât davantage sur la barbarie du fanatisme islamiste actuellement à l’oeuvre dans le monde. Le ronron d’un rituel installé doit renouer avec l’apostolat des premiers temps, quand les Jésuites (Delbosc, Callet, Fabre, Malzac, Campenon, et bien sûr Berthieu) durent défricher dans la région Ambohibemasoandro-Anjozorofady-Anjozorobe.
Et que, pareillement, des prières convenues fassent place à une vraie réflexion à la lecture de la dernière lettre des Évêques de Madagascar : «On regarde avec indifférence le vol des cloches qui se répand ça et là, suivi d’intimidations pouvant aller jusqu’à l’assassinat de ceux qui protègent les biens de l’Église. Qui se trouve derrière tout cela  Il est difficile de résister au vandalisme des statues saintes se trouvant au bord des chemins et qui manifeste une persécution indirecte de l’Église catholique. On sait également qu’il y a des opérations de ramassage des Bibles entre les mains des croyants et on les achète cher afin d’éradiquer la foi chrétienne. On complique l’obtention et on alourdit le coût des permis de séjour des missionnaires résidents à Madagascar. À cela s’ajoute la requête du permis de construire des lieux de culte qui se sont implantés depuis longtemps, dans le but de perturber la foi chrétienne. La stratégie des extrémistes qui se cachent derrière une religion censée apporter le salut, commence à gagner du terrain».

Par Nasolo-Valiavo Andriamihaja



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En l’église d’Analaroa(Express)
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