Fait assez exceptionnel, lors du «passage à l’Orient Éternel» de deux illustres Frères, en les personnes de Michel Rabariharivelo et Bernard Ravelomanantsoa, les faire-part familiaux avaient inscrit leur obédience, la Grande Loge de France, dans la liste des ayants droit aux condoléances. Fait moins rarissime, quoique pas anodin, mais, chaque fois, les Ateliers de la GLDF ont publié un faire-part explicite de leur appartenance au REAA.
Avec feu Bernard Ravelomanantsoa, nous étions trois à avoir résolu ensemble de «nous dévoiler», pour démystifier les mensonges et les calomnies, sinon les simples malentendus, qu’on colporte sur la Franc-Maçonnerie. L’histoire de la Franc-Maçonnerie à Madagascar se compliquera durablement de la querelle née de la publication, le 2 janvier 1891, de la brochure «Ny Framasao», avec imprimatur de l’Évêque Jean-Baptiste Cazet, qui pouvait faire passer les Francs-Maçons pour des «révolutionnaires assassins», détenteurs de «lefompohy».
Pour «injures et diffamation», les Frères de la Loge «310 Imerina», de Canonvile, Doeirer, Hanning, Iribe, Mithridate, Poujard et Rigaud, portèrent l’affaire en justice, et le procès se déroula au Tribunal de la Résidence de France, du 4 au 18 février 1891. Condamné à Tananarive, Mgr Cazet interjeta Appel à La Réunion mais son recours fut déclaré irrecevable. La Cour de Cassation de Paris cassa ce dernier arrêt et renvoya l’affaire devant la Cour d’Appel d’Aix. Le 6 août 1892, la Cour déclara irrecevable la plainte en injures, mais condamna Mgr Cazet pour diffamation.
Il convient de s’attarder sur la personnalité de L’Évêque Jean-Baptiste Cazet, dont 40 ans d’histoire personnelle se confondirent avec celle des Jésuites et de l’Église catholique à Madagascar. Né en 1827, Jean-Baptiste Cazet entre au noviciat de la Compagnie de Jésus, le 20 janvier 1848, et il sera ordonné prêtre le 25 mai 1861. Séjournant une première fois à Madagascar, le 30 juillet 1864, il deviendra Supérieur régulier de la Mission à partir de cette année 1864 avant d’être nommé Préfet apostolique en 1872. Consacré évêque le 11 octobre 1885, à Lourdes, il sera de retour à Antananarivo, le 23 avril 1886 pour prendre la tête du Vicariat de Madagascar. Ce Vicariat unique sera scindé en deux, à partir du 16 janvier 1896, Mgr Cazet s’occupant désormais uniquemement du Vicariat au Nord du 22ème parallèle. Le 20 juin 1898, le Vicariat septentrional était érigé, Mgr Cazet et les Jésuites gardant le Centre, entre les 19ème et 22ème latitudes. Mgr Cazet renoncera à sa charge le 30 octobre 1911, peu de temps avant la création du Vicariat de Fianarantsoa (1913), confié aux Jésuites de la Province de Champagne, que suivit celle d’Antsirabe (1918). C’est à Antananarivo que Jean-Baptiste Cazet mourut le 6 mars 1918, à 91 ans. Celui qui avait passé 54 ans à Madagascar, avait choisi «Audite insulae», «îles, écoutez», pour devise signant ses armes épiscopales.
Dans son livre, «La Mission de Tananarive», le Jésuite Adrien Boudou, qu’on ne peut pas soupçonner de complaisance envers les «libres penseurs», raconte cette histoire d’un Malgache du XIXème siècle venant trouver le curé à la mort de parents pour lui demander ce qu’il faut faire. Le prêtre lui répondit de simplement les enterrer, ne pouvant pas dire pour des non-Chrétiens des prières préparées pour ceux qui ont reçu le baptême. Le Malgache, étonné, lui expliqua alors qu’il avait cru que les curés Vazaha prenaient le coeur des morts, «maka fo».
Ceux qui s’ingéniaient à gagner le cœur de la population, avaient dû employer maladroitement les mots malgaches de «maka ny fon’ny olona». Par une curieuse transmission, à laquelle certain catéchisme ne devait pas être totalement étranger, l’expression de «mpaka fo», mangeurs de coeurs, allait être appliquée aux Francs-Maçons, jusqu’au beau milieu du XXème siècle, pour ne rien dire de ce début de
XXIème siècle. L’acrimonie des fidèles de Mgr Cazet s’alimentant et s’exacerbant du «combisme», selon le mot des Jésuites, dont le bras séculier fut un Frère du Grand Orient de France, Victor Augagneur, nommé Gouverneur Général de Madagascar, de 1905 à 1910. Mais, les  collèges des Jésuites, les écoles des Frères comme celle des Soeurs de Cluny lui survivront et auront tout le temps de travailler l’opinion.
En ces années 2000, supposées de lumière, il est presque décevant qu’un synode de gens éclairés, comme celui que l’Église FJKM tint à Manakara en août 2012, ait encore éprouvé le besoin de «mettre à l’index» la Franc-Maçonnerie sur la base de racontars et de fantasmes.
En ce sens, il est salutaire que la double disparition de «Mickey» et de «Poum», honorablement connus et reconnus de leur vivant, par les Initiés comme par les profanes, vienne témoigner à décharge d’une Franc-Maçonnerie, malgache et en général, trop longtemps diffamée.

Nasolo-Valiavo Andriamihaja



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Îles, écoutez !(Express)
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