On dit que voyager cultive la jeunesse. En allant vers Fénérive Est, au fil du paysage, de la route et des visages on se rend compte également que le voyage
donne une image non erronée de la réalité. Il y a l’ouïe dire, le bouche-à-oreille et dans un pays ayant une très forte culture de l’oralité, ce qu’on a entendu dire à force de vérité. Mais à part ce qui se dit, les chiffres des institutions sont tout autant des outils que des instruments de manipulation. Indéniablement, toute la vérité se dit quand elle nous sert. Une partie de la vérité quand c’est plus profitable ou même, juste dire ce que l’on a envie de dire quand cela sert plus ce que l’on pense défendre, de bien comme de mal.
Sur la route, il est choquant de voir tant de tout-petits enfants aussi mal lotis les uns que les autres. En passant par chaque village, chaque hameau, chaque minuscule hutte, des gamins presque nus gambadent. De plus en plus nombreux font la manche le long de la route nationale, certains n’hésitant plus à barrer carrément le passage aux voitures. Vision décharnée : des ventres anormalement gros, des membres squelettiques, des têtes fantomatiques et plus volumineuses que la normale, des habits en haillons : voilà la réalité. Pas besoin que TV5 monde en fasse un reportage pour le voir, il suffit de vivre ce pays, d’aller voir les gens, non pas en voiture tout-terrain fonçant à vive allure, mais en prenant le temps du « mora ». Comme il n’y a pire sourd que celui qui ne veut entendre, pire aveugle que celui qui ne veut pas voir, la chose à faire est d’ouvrir l’esprit à saisir et accepter ce qui se passe. Car il est plus facile de s’enfuir que de faire face à la vérité. La nôtre, celle du pays le plus pauvre de cette planète. Nos enfants souffrent de malnutrition chronique.
Dichotomie totale, hiatus phénoménal mais réalité tout aussi inquiétante. Sur les routes aux États-Unis, l’on constate le phénomène opposé. Des gamins un peu trop lotis, des ventres un peu trop ronds, des membres excessivement dodus. Les enfants y meurent de surpoids, d’obésité, d’hyper nutrition et de mal bouffe. Dans ce pays parmi les plus riches du monde, les enfants souffrent aussi de malnutrition de l’excès. Mais là-bas, la première dame en a fait son combat, une affaire d’État. Voilà la plus grande des différences.
Madagascar, au niveau national, ce gouffre est aussi tout autant palpable que criant. La moitié de nos enfants, un enfant sur deux, moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique. « Bombe à retardement » disent les uns, « réalité catastrophique » rapporte les autres. Propos alarmants, la raison en est simple, c’est à moins des deux ans que se forment les compétences intellectuelles des êtres humains. On hérite du cerveau qui s’est développé avant qu’on ait deux ans. Le cerveau se développe par rapport à la qualité de la nutrition dont nous avons bénéficié durant notre petite enfance. Pour faire bref, on élève actuellement ce que l’on appelle scientifi­que­ment des « idiots ». D’ici une génération, la moitié de la population malgache apte à produire, à conduire ce pays seront les idiots : des personnes qui n’ont pas les compétences psychiques et intellectuelles développées.
« Bombe à retardement » par inadvertance, par manque de vision ou explosif voulu et prémédité   Pour avoir la réponse, il suffit de prendre trente minutes, de voir les actualités télévisées et voir le surpoids de ceux sur qui les caméras sont braquées. Une autre forme de malnutrition   Manger trop entraîne un surpoids, manger la part des autres ne peut que se voir sur la taille de la personne, la taille de son pantalon ou bien la taille de son portefeuille et de son égo.
En se goinfrant de la part d’avenir et de nourriture des deux millions d’enfants malagasy qui sont en état de famine permanente, position­nant Madagascar au quatrième rang du  pays au monde avec le plus haut taux de malnutrition chronique, ils entretiennent, consciemment ou non, un mal rampant.

Mbolatiana Raveloarimisa



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Le mal rampant(Express)
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