Plus qu’un simple amusement, la prestidigitation est tout un art qui nécessite un entrainement et du travail. L’agilité digitale et manuelle de l’artiste en fait un acteur complet qui sait subjuguer ses spectateurs. En se focalisant sur les illusions optiques, l’observateur est complètement flouté et octroie malgré lui une force surnaturelle au prestidigitateur. Magie blanche, rose, noire, chacun y va et croit à ce qu’il veut bien croire. De son côté, certains artistes révèlent leurs secrets, d’autres préfèrent cultiver autour d’eux de véritables mythes. Comme dans tout métier, il y a les amateurs comme les gamins qui s’exercent, les initiés mais aussi les très grands maîtres. Ces derniers réalisent des prouesses hors du commun.
Détourner l’attention pendant que l’on fait son tour de passe-passe : c’est le grand secret des prestidigitateurs. Ils nous font voir ce qu’ils veulent bien que nous voyions, ou du moins pendant un temps, pour nous dévoiler en fin de compte le vrai déroulement du spectacle. Par exemple, on nous montre des infrastructures mirobolantes, en annonçant que ce sera magnifiquement beau et que le pays entier bénéficiera de ces investissements. On nous convainc de bien fixer l’image parce que nous commencions à cligner des yeux. Pour faire taire les francs(ac)ophonies, des petites bombes par ici, des émeutes par là. Toujours en bon acteur, on scande la déstabilisation. Mais au fait, les maîtres de la magie jouent le jeu, ou se jouent plutôt de nous
Mort ici et là, de Beroroha à Andohatampenaka ; des dahalo aux tueurs aux bois ronds ; les esprits se focalisent et ne pensent plus qu’à la sécurité de leur propre personne. Ces morts non lus au petit déjeuner ou entre deux stations de bus, non vus et entendus sur le petit écran et la radio après le travail n’existent que comme rumeur. Ces morts inconnus ont sûrement eu le tort d’être des malgaches. Triste nouvelle de voir des étrangers tués, mais le tour de main ont en fait des objets de prestidigitateur pour gâcher les efforts faits pour développer le tourisme ainsi que ces centaines de victimes quotidiennes de l’insécurité.
Ces cadavres des ruelles ou ces victimes du grand banditisme encombrent, donc il est plus aisé de les faire taire. Ces émeutes citoyennes nous embarrassent il est donc plus facile de les museler par les lois ou par les lacrymogènes. Regardez là-bas : une robe magique, un avion super-naturel, des cartons fabuleux…Pendant ce temps, la mort civique s’opère, la vente au plus offrant de nos terres se conclut, des tonnes de bois de rose s’éclipsent, des tortues et hippocampes se volatilisent, les deniers passent de poche en poche.
Pour masquer le tour de passe-passe il faut détourner l’attention du spectateur, en l’occurrence du citoyen. On pérore dans des débats confus, on simule des guéguerres, on les répète inlassablement pour décourager le téméraire. Ni vu ni connu, je t’embrouille. Si jamais ma passe ne passe pas, ne t’en fais pas, j’ai mis des tours de côté pour que tu ne puisses pas voir que tu t’es bien fait avoir sur ce coup. La poudre de Perlimpinpin est aussi en braderie.

Mbolatiana Raveloarimisa