«Un mur doit séparer l’Eglise et l’Etat», disait Thomas Jefferson, le troisième président des Etats-Unis. Mais partout dans le monde, la séparation entre les deux n’est que symbolique vu l’imprégnation systématique de la politique dans la voix de l’Eglise à l’approche de l’élection présidentielle. Madagascar n’échappe pas à cette «exception».

Les églises pourraient devenir dans les mois à venir des véritables machines électorales. Le grand synode de l’église réformé (FJKM), le rendez-vous annuel d’Ankaramalaza des luthériens (FLM) dans la province de Fianarantsoa, la 70ème rencontre annuelle du «Toby de Farihimena» dans le district de Betafo ou encore le 20è anniversaire de l’«Apokalypsy» récemment. Autant de rendez-vous auxquels un vivier d’électeurs ont honoré de leur présence.

La voix de l’Église

Pour dire que ces évènements religieux n’ont visiblement pas échappé aux acteurs politiques de premier plan, dont l’ambition est un secret de polichinelle. Si certains usent en effet de tous les moyens pour parvenir au pouvoir, d’autres font tous leur possible pour s’y maintenir. A ce titre, les églises demeurent sans nul doute un passage obligatoire. Car, au risque de froisser la sensibilité des Malgaches ou plutôt des électeurs, il faut d’abord miser sur la foi et le sentimentalisme pour pouvoir engranger des voix.

A titre d’illustration, selon la page facebook de la présidence de la République, lors de son passage dans le district de Vakinanankatra à l’ouverture de la 70ème rencontre annuelle du «Toby de Farihimena» de l’église Luthérienne, le Chef de l’Etat a fait un don de 4 millions d’Ar. «Des dons ont été aussi remis au dispensaire, lequel bénéficiera d’une adduction en eau potable, d’un panneau solaire et d’un réfrigérateur pour la conservation des médicaments. De même, la route qui mène à Farihimena sera réhabilitée», rapporte la Présidence. Il a aussi, lors d’un discours, invité les fidèles à «la réflexion» sur les priorités pour le développement.

Manœuvres dilatoires

Le XVIIIème grand Synode de la FJKM qui se tient actuellement à Antsirabe est une autre illustration de cette symbiose entre la politique et la religion. Cette rencontre fait en effet l’objet d’une haute tractation de la part de certaines personnalités, à l’instar de l’ancien Président  Marc Ravalomanana. Faisant partie du cercle dirigeant de cette entité, en tant que laïc, l’ancien homme fort du pays tente le tout pour le tout pour rester à son poste. Bien évidemment, après avoir réussi à ravir la magistrature suprême en partie grâce aux réseaux de cette institution, il pense rempiler à son poste et n’entend pas lâcher prise si facilement. Preuve que des manœuvres se trament dans ce rendez-vous, Marc Ravalomanana refuse de partager la direction de la célébration du 50è anniversaire de la FJKM qui se tiendra…en 2018.

La liste est longue

D’un autre côté, il suffit de jeter un coup d’œil à la liste d’autres personnalités qui envisagent d’entrer dans le cercle dirigeant de l’église réformée pour connaitre leur réelle motivation. Selon la presse locale, en effet, les Benjamin Radavidson Andriamparany ou encore Maitre Hanitra Razafimanantsoa sont parmi les plus cités. Le premier est un ancien bras droit de Ravalomanana en tant que ministre des Finances et du budget et ancien prétendant à la magistrature suprême. Tandis que la seconde est l’ancienne avocate de Ravalomanana et actuelle vice-président de l’Assemblée nationale élue sous la bannière du Tiako i Madagasikara (TIM).

Pendant ce temps, le Chef de l’Etat n’est pas en reste, tout comme à Ankaramalaza, il n’est pas venu les mains vides au synode de la FJKM à Antsirabe. «Il aurait remis une enveloppe consistante au bureau pour  l’organisation de ce synode», note le quotidien local. Ce qui n’est sans doute pas anodin au moment où tous les regards semblent tournés à l’échéance électorale de 2018. Et donc, les prises de paroles durant les cérémonies religieuses sont une occasion en or pour distiller quelques programmes de campagne. Il semble en tout cas qu’en dépit des dispositions constitutionnelles à cet effet la laïcité de l’Etat reste au stade d’intention à Madagascar ».

Jao Patricius

 



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Présidentielle 2018 : les églises, des acteurs de poids (NewsMada)
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