Le cochon, la poule et le chien sont des animaux inséparables de la culture austronésienne. Or, il est avéré, au moins sur le plan linguistique, depuis le premier dictionnaire néerlandais-malais-malagasy de Frederick de Houtman en 1603, que Madagascar a été peuplé par les navigateurs Austronésiens qui dominèrent l’Océan Indien, avant les Chinois, avant les Arabes, avant les Européens. Donc, des chercheurs ont logiquement voulu déterminer «combien» le chien de Madagascar était «indonésien».
Les recherches génétiques menées à Stockholm (Suède) par Peter Savolainen et ses collègues (Arman Ardalan, Mattias Oskarsson, Barbara Van Asch, Élisabeth Rabakonandriana) ont révélé une immense surprise : le chien de Madagascar n’a pas d’ADN commun avec le chien de la région Banjarmasin sur l’île de Bornéo-Kalimantan, dont pourtant le dialecte est le plus proche parent de la langue malgache. Les conclusions provisoires de l’étude (African Origin for Madagascan Dogs Revealed by MtDNA Analysis, 2015) soulèvent plusieurs nouvelles questions : les Indonésiens, dont on sait que certains avaient transité par l’Afrique de l’Est et les Comores, ont donc pris des chiens africains   Si les Indonésiens avaient voyagé en nombre, et étaient arrivés en plusieurs vagues, ce qui expliquerait l’unité indonésienne des langues malgaches, comment croire qu’aucun représentant du chien indonésien n’ait atteint Madagascar   Et si le chien n’avait pas été oublié, se peut-il qu’il ait succombé en cours de route à moins qu’il n’ait servi de nourriture (et pas la poule ou le cochon  )
En une note de sa thèse (Du Ohabolana au Hainteny, 1983, page 490, note 139), Bakoly Domenichini-Ramiaramanana évoque une hypothèse : «en suivant les règles dégagées par la philologie du malgache, les noms attendus pour le chien seraient «aso» ou «ao» et «soa» ou «oa» après métathèse. Mais, du moins en malgache classique, on ne rencontre, semble-t-il, à côté d’amboa et d’alika, lequel est fréquemment considéré comme un nom figuré du même genre que «fandroaka» et signifiant littéralement «ce qu’on fait enjamber, ce avec quoi on enjambe», que les noms de «kivindro» (d’origine indéterminée) et «kiva/kivaha/kivahy» qui pouvant, quant à lui, se décomposer en préfixe
«ki-» et racidal «va» < «ua» amène à supposer l’ancienne existence parallèle de kisoa «chien» qui serait OU un homonyme de kisoa «porc» OU le mot qui en serait venu à désigner le porc à la suite d’une réinterprétation de l’expression «fady kisoa» (respectant l’interdit du chien) en «fady kisoa» (respectant l’interdit du porc)»…
Dans son essai de dictionnaire, Frederick de Houtman, prisonnier du Sultan d’Aceh, dans le Nord de Sumatra, avec un Malgache originaire de la baie d’Antongil, a recueilli le mot «amboa», chien, que les linguistes disent d’origine swahilie. Si l’expression «tsy amboa, tsy lambo» est attestée, signifie-t-elle «ni chien, ni sanglier» ou «ni chien, ni boeuf» selon le sens de «lambo» en indonésien   Et la péjoration, elle aussi attestée, de «amboalambo» signifierait quoi exactement
Le coq malgache présente une ressemblance frappante avec les coqs qu’on voit combattre aux Philippines. L’équipe de Peter Savolainen pourrait également déterminer par l’ADN si son ramage se rapporte à son plumage. Le cochon «zana-tany» ou «kisoa gasy», de petite taille et à la robe noire, ressemble également beaucoup aux cochons du Sud-Est asiatique. Avec qui «potamochoerus larvatus» est arrivé à Madagascar ?  Paradoxalement, chaque nouvelle question levera chaque fois un plus du voile de «la plus belle énigme du monde».

Nasolo Valiavo Andriamihaja



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Qui a oublié le chien ?(Express)
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